Au secours ! Mon enfant veut arrêter le piano !

enfant-qui-veut-arrêter-le-pianoJe n’ai pas choisi ce titre par hasard…

J’ai expérimenté cette situation à double titre en tant que professeur de piano et en tant que parent (je sais que cela en étonnera certains 😉 ) avec ma fille qui est au conservatoire.

Par conséquent je connais à la fois cette impasse à laquelle est confronté le professeur de piano devant un élève qui souhaite arrêter les cours et ce véritable sentiment de panique que l’on ressent en tant que parent lorsque notre enfant nous  annonce qu’il veut arrêter le piano.

Car on est littéralement pris au dépourvu, que faut-il faire ?

  • Se battre pour faire entendre raison à son enfant ( avec son expérience et ses convictions d’adulte)
  • ou laisser faire les choses afin de ne pas heurter davantage la sensibilité déjà malmenée de l’enfant.

 

Votre enfant a souvent de bonnes raisons de vouloir arrêter le piano

Je ne vais pas rentrer dans les détails mais souvent les mêmes plaintes ressortent des discours des enfants (tous âges confondus entre 6 et 16 ans)

  • il n’aime pas son professeur (malheureusement, c’est très fréquent et la seule solution c’est de se tourner vers un autre !)
  • trop de travail donc trop de contraintes (le fameux c’est trop dur !, l’enfant n’avait pas « calculé » l’investissement que cela représentait de faire du piano)
  • manque de reconnaissance de la part du professeur et/ou des parents (pour grandir et s’épanouir, l’enfant a besoin que l’on porte sur lui et son travail un regard bienveillant)
  • manque de temps, problème d’organisation (on peut faire du piano sans obligatoirement se mettre la pression, tout est question de méthode, nous en parlerons bientôt sur le blog)
  • cadre trop rigide comme à l’école (le but du piano normalement c’est de se faire plaisir et de vivre des moments privilégiés)
  • s’ennuie seul au piano (pendant que les copains, eux, s’éclatent au foot)

Avez-vous remarqué que j’ai omis de citer la plainte plus importante  et la plus souvent réitérée ?

Il veut arrêter le piano car il n’aime pas le pianoenfant-qui-veut-arrêter-le-piano

C’est souvent ce que les plus jeunes disent pour exprimer leur mal-être, et c’est à l’adulte de décoder (ce n’est pas toujours évident !)

En effet dire je n’aime pas le piano n’a pas le même sens que je n’aime pas m’entraîner au piano ou je n’aime pas aller à mon cours de piano et ne sous-entend pas que l’enfant n’aime pas jouer du piano.

C’est donc le verbe que l’on place entre le verbe « aimer » et le mot « piano » qui change tout…

Et on a vite fait de faire l’amalgame entre aimer le piano et aimer travailler le piano.

 

Souvent l’enfant aime jouer du piano mais …enfant-qui-veut-arrêter-le-piano

… n’aime pas le travail que cela suppose.

Car vous l’avez certainement constaté lorsqu’il maîtrise un morceau qui lui plaît, il peut le rejouer sans cesse jusqu’à ce que vous (ses parents) demandiez grâce. 🙄

Mais pour arriver à jouer correctement un morceau, cela passe par différentes étapes :

  • il faut passer par le stade du déchiffrage et c’est souvent là que ça commence à coincer ! Et qu’il traîne des pieds pour s’installer devant son piano (vous remarquerez que là je n’utilise plus le verbe jouer).
  • Ensuite,  son professeur va lui demande de connaître parfaitement son morceau c’est-à-dire techniquement ( maîtrise des doigtés, traits, rythmes, déplacements) au tempo requis et avec toutes les nuances et l’expressivité nécessaire.

→ Il faut réussir à dépasser ses difficultés et répéter encore et encore pour arriver ENFIN au résultat demandé.

Mais là quelle victoire, quelle fierté, quel bonheur, quelle joie de jouer un morceau qui coule sous les doigts et on oublie très vite le travail que ce résultat nous a demandé. 😀 

Donc je n’aime pas travailler mon piano est-ce une bonne raison pour arrêter le piano ?

 

Parfois, l’enfant veut tout simplement tenir tête à ses parents

enfant-qui-veut-arrêter-le-piano

Car c’est un moyen de pression tout trouvé ! En effet, l’école est obligatoire mais pas le piano.

C’est la seule possibilité  pour lui de contester l’autorité parentale.

Reste à savoir pourquoi il ressent ce besoin…

 

Alors, comment aider son enfant et dénouer le problème ?

arrêter le piano

 

1. Évitez de

→ Le stigmatiser davantage (il ou elle souffre déjà). Ce n’est pas de gaîté de cœur que l’enfant s’expose au courroux de ses parents

→ le forcer sans chercher à comprendre (il va forcément se braquer)

→ le punir pour le faire revenir à la raison (Puisque c’est comme cela tu es privé d’internet toute la semaine)

→ le faire travailler comme un forcené (pour compenser)

2. Autorisez-le à sortir de sa colère

Un enfant lorsqu’il se sent incompris et surtout s’il est jeune a tendance à  se murer dans un torrent d’émotions (cris, larmes, mutisme) et il ne sait pas comment s’en sortir sans perdre la face devant ses parents  et souvent il n’attend qu’une occasion pour sortir de sa colère (car c’est épuisant à la longue de tenir tête à ses parents !).

Par exemple s’il répond toujours non (d’une voix impatiente) à vos questions, passez à un autre sujet jusqu’à ce qu’il finisse par répondre oui et commence à se détendre.

Cela fonctionne à tous les coups !

 

3. Laissez passer du temps

Ce n’est pas forcément à chaud que l’on parle le mieux de ses problèmes

 

4. Écoutez-le

Cela peut paraître évident comme conseil, mais êtes-vous  vraiment sûr de bien écouter votre enfant ?

Moi aussi, je le pensais avec ma fille jusqu’au jour où je suis tombée sur ce livre de Marshall B. Rosenberg, que j’ai lu d’une traite et qui m’a convaincue de mettre en application ses principes.

Déjà rien que le titre Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) interpelle le lecteur…

Selon Marshall B. Rosenberg,

Mieux nous écoutons les autres, mieux ils nous écouteront.

En effet, nous avons de bons arguments à soumettre à notre enfant.
Entre autres que 72% des enfants qui abandonnent le piano sont amenés à le regretter un jour selon une étude sociologique.
Cependant pourquoi ferait-il l’effort de nous écouter si nous, ses parents, ne sommes pas prêts à l’entendre.

Vous-même, vous avez certainement  souvent vécu cette situation.

Un jour de doutes, vous avez ressenti le besoin de vous exprimer sur un sujet important pour vous et la personne en face de vous s’est empressée de vous donner son avis.
Or ce n’était pas ce que vous attendiez d’elle !
Vous vouliez juste que cette personne prête une oreille attentive et bienveillante à votre problème.
Car rien que le fait d’avoir été écouté et entendu pleinement fait un bien considérable.

C’est ce que votre enfant attend de vous, que vous l’écoutiez avec empathie. C’est à dire sans porter de jugements moralisateurs, sans surenchérir sur ses propos, sans vous apitoyer non plus sur son sort mais juste en lui renvoyant ses paroles, en paraphrasant ce qu’il dit afin qu’il réalise que vous suivez sa pensée et que vous le comprenez pleinement.

Cela pourrait donner ceci comme dialogue :

  •  L’enfant en pleurs: Je veux arrêter le piano !
  •  Vous les parents: Tu pleures parce-que tu veux arrêter le piano
  •  L’enfant : Oui, ça m’énerve, vous voulez pas comprendre !
  •  Vous les parents : Tu es énervé parce qu’on ne te comprend pas
  •  L’enfant intrigué : Ben oui !
  •  L’enfant après un court silence : Vous ne m’écoutez jamais !
  •  Vous les parents :  On ne t’écoute jamais
  •  L’enfant : Non, vous êtes toujours à me dire ce que je dois faire
  •  Vous les parents : Tu es énervé parce que l’on te dit ce que tu dois faire
    ETC…

Je pourrai poursuivre longtemps ce dialogue fictif. C’est comme cela que j’ai réussi à débloquer la situation avec ma fille.

D’ailleurs, vous constatez vous-même dans ma fiction que l’enfant donne l’impression de se détendre un peu au fur et à mesure…

Le fait d’être écouté et entendu permet à l’enfant d’épuiser de lui-même le sujet de discorde et de trouver plus facilement des solutions, son esprit se trouvant apaisé par la reconnaissance de ses parents.

Ma fille a ainsi admis que contrairement à ce qu’elle croyait initialement, elle aimait le piano et qu’elle était douée mais qu’elle acceptait mal le fait de travailler car selon elle, le plaisir ne devait pas passer par le travail.

 

5. Allez voir son professeur

C’est lui ou elle qui est à même de mieux vous éclairer sur la source du problème et de la perte de motivation de votre enfant.

Car il sait quelles sont les réelles difficultés de votre enfant et ce qu’il faudrait améliorer et il pourra vous conseiller sur l’intérêt de la poursuite du piano par votre enfant.

L’apprentissage du piano s’étale sur plusieurs années et comme toute entreprise au long cours, il peut y avoir des moments de baisse de régime pendant lesquels l’enfant est moins disposé à pratiquer.

Ce qui est certain, c’est qu’apprendre à jouer d’un instrument de musique sur plusieurs années permet à l’enfant de se poser, de prendre conscience de la valeur de son travail, d’éduquer son oreille et sa sensibilité, de se donner les moyens de sa réussite en favorisant sa concentration et en cultivant sa patience sur le long terme. On apprend à connaître ses limites et à s’autoriser à les dépasser et surtout on se surprend à… rêver !

A l’ère du numérique, où les informations fusent dans tous les sens,  faire du piano reste un moment privilégié qu’il faut s’efforcer de préserver…

Qu’en pensez-vous ?

 

 

 

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11 Commentaires
  • Lucie
    31 octobre 2015

    Très bon article ! On sent que tu as été confrontée à ce problème. Mais quelle douceur et pédagogie, on détecte derrière cette expérience ! Parler avec son enfant est primordial,et il ne faut surtout pas le buter comme tu l’écris si bien.
    BRAVO !

    • Claudine
      31 octobre 2015

      Merci Lucie pour tous tes compliments qui me vont droit au cœur.
      Toute « crise » peut être gérée dans la pédagogie et dans la douceur, j’en suis convaincue.
      D’ailleurs et ce n’est pas un hasard, ceux qui me connaissent savent que je ne mets jamais en colère ! 😉
      Merci encore pour ton commentaire !

  • Sarah
    6 novembre 2015

    Salut Claudine,

    Ton site est super 🙂 Je ne joue pas de piano mais cela donnerait presque envie de s’y mettre!
    Et puis la référence à Marshall Rosenberg et la CNV! génial, j’imagine quelle enseignante bienveillante tu dois être!
    Merci et à bientôt,
    Sarah

    • Claudine
      6 novembre 2015

      Oh, merci Sarah ! C’est vraiment très gentil ! 🙂
      C’est vrai que la CNV est un outil formidable pour régler tous les conflits. Le livre de Marshall Rosenberg a été pour moi une révélation ! Il permet vraiment d’apprendre à mieux communiquer et à briser les schémas de pensée qui nous conditionnent depuis notre enfance et qui souvent nous conduisent à la colère ou à la déprime.
      Sinon en tant qu’enseignante, je ne pense pas être parfaite mais j’essaie d’être bienveillante car je suis persuadée que c’est la meilleure voie pour arriver à des résultats auprès de mes élèves.
      Merci encore et à bientôt !

      • Sarah
        7 novembre 2015

        Bonjour Claudine,
        Oui, pour moi aussi le livre de M. Rosenberg a été une révélation! J’ai ensuite suivi des ateliers CNV et je suis très heureuse d’essayer de communiquer différemment au quotidien (même si ce n’est pas facile tous les jours^^)
        Belle journée à toi!
        A bientôt,
        sarah

        • Claudine
          7 novembre 2015

          Bonjour Sarah,
          Merci pour ton témoignage.
          Tu es donc devenue une pro en CNV ! D’ailleurs, en lisant tes articles sur ton site, on sent ta générosité et ta bienveillance.
          A bientôt !

  • Ninah.
    27 mars 2017

    Bonjour,
    À vrai dire, moi je suis dans le cas de l’enfant (bon j’ai 16ans, mais encore considéré comme enfant.). Voilà, ça va bientot faire 6ans que je fais de la musique (je fais du violon), ça fait depuis 4ans que je me lasse un peu mais à chaque fois c’était passagés comme sentiments… Mais voilà, depuis 1ans je veux vraiment en finir avec tout ça, je ne sais pas du coup quoi faire, « est ce que c’est le bon choix ? » « Comment je peux l’annoncer à ma professeur de musique? »… J’en souffre vraiment presque tout le temps… je ne suis pas du tout douée pour cet instrument… Je le trouve très beau hein ?! C’est pas ça le problème, mais je n’ai plus aucune envie d’y jouer… J’en ai parlé avec mes parents et même s’ils sont un peu triste ils ont accepté mon choix. Mais maintenant je sais pas du tout comment le dire à ma prof…

    • Claudine
      27 mars 2017

      Bonjour Ninah,
      Je comprends ton dilemme.
      Si je retranscris tes propos, tu dis en gros que

      • d’un côté tes parents ont accepté (« même s’ils sont un peu tristes » donc un peu malgré eux…) ton choix d’arrêter le violon
      • D’un autre côté, tu n’es pas persuadée (au fond de toi) que ce soit le bon choix mais tu « veux vraiment en finir avec tout ça », tu dis que tu n’es « pas du tout douée pour cet instrument » mais que tu le trouves « très beau ». et que le problème c’est que tu n’as plus « aucune envie d’y jouer ».

      D’après tout ce que tu me dis, je dirai que pendant 6 ans, tu as supporté toutes les contraintes liées à l’apprentissage de cet instrument (horaires de cours, travail régulier à la maison, examens, auditions peut-être)
      Mais là, tu n’en peux plus !!
      Tu veux retrouver du temps libre vraiment pour toi, surtout que tu dois être au lycée donc très occupée
      Cela ne veut pas dire que tu n’aimes plus le violon mais tu voudrais trouver un rythme plus « insouciant ».

      Tout ce que je te dis là, évidemment ce sont des suppositions, car je ne te connais pas 🙂
      Pour faire court, tu as donc 2 possibilités,

      • soit arrêter complètement l’instrument mais tu risques de le regretter à l’âge adulte.
      • Soit arrêter partiellement, c’est à dire demander à ta prof si ce serait possible d’aménager les cours tous les 15 jours voire toutes les 3 semaines.

      Si elle refuse, tu peux essayer de trouver un autre prof qui accepte tes conditions ou si ton niveau le permet travailler des pièces qui te plaisent vraiment et trouver un accompagnateur pianiste dans tes amis. Ce peut être une super expérience !

      Donc je pense que c’est un faux problème la peur de parler à ton prof et qu’elle cache le fait que tu as peur de te tromper en faisant ce choix.
      De toute façon, vous vous connaissez depuis 6 ans, donc vous êtes très proches et elle a dû constater que tu ne travaillais plus ton instrument et que donc tu n’étais plus trop motivée…

      Bon, j’espère t’avoir aidée quelque peu…
      A bientôt !

  • d
    11 décembre 2017

    CLAP Bonjour

  • d
    11 décembre 2017

    Aujourd’hui est un grand jour car je ne veux plus faire de CONSERVATOIRE. Cela fait 8 ans que j’en fais et je vais avoir bientôt 15 ans. Je n’arrive plus à gérer le CONSERVATOIRE et le LYCEE en même temps et voilà je ne veux PLUS Y REMETTRE LES PIEDS !!!!!!!!!

    • Claudine
      11 décembre 2017

      C’est une raison tout à fait valable ! 🙂
      Mais pourquoi ressens-tu le besoin de le clamer ici, pourquoi cette colère en toi ?

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