Comment motiver un adolescent au piano

Motivation adolescent au pianoUn adolescent qui joue du piano depuis quelques années peut avoir à un moment donné une baisse de motivation, et estimer que cela ne vaut plus la peine de se donner tant de mal et du coup souhaiter passer à autre chose.

Quelle attitude avoir en tant que parent devant une telle situation ?   Avant toute chose, il faut s’interroger et se poser les bonnes questions : s’agit-il juste d’un passage à vide (ce qui peut arriver quand l’élève étudie une pièce plus difficile qu’il a du mal à monter) ou d’un problème plus sérieux ?  

 

Le test de vérité

Parfois l’adolescent ignore lui-même ce qu’il veut faire ou ce qu’il est capable de faire, et cette situation de flottement peut durer quelques temps.

Il ne sait plus s’il aime ou pas le piano. Il faut donc l’aider : si vous avez remarqué au cours du mois précédant sa nouvelle prise de position, qu’il continuait à jouer en boucle un ancien morceau qu’il maîtrisait bien au détriment des nouveaux morceaux. Aucune raison de vous inquiéter !

C’est l’indice clé que sa passion pour le piano est intacte. C’est seulement le déchiffrage des nouveaux morceaux, la mise en place du rythme qui le rebute. Il suffit donc de travailler là-dessus et tout repart. Si un élève ne rejoue jamais ses anciens morceaux et dit qu’il veut arrêter le piano, on peut alors s’inquiéter. Faut-il s’insurger, lutter contre cette décision et avoir une explication entre quatre yeux avec son ado ? Non, je ne pense pas. Il faut avant tout se souvenir !…  

 

Souvenez-vous… quand vous-même étiez adolescent…

Vous, quand vous étiez adolescent, il y a 20, 30 ans. Vous souvenez-vous comment vous envisagiez la vie alors….

Moi, le mot qui me vient c’est sans contraintes et ne pas faire des choses ringardes  (excusez-moi pour l’expression ! ) en tout cas, pas comme les parents. Je me souviens de cette puissance liée à la jeunesse, on se croit tout permis alors : ivre et libre de jeunesse ! Détenteur de la vérité ! Invincible, on est des « jeunes »,  on dit qu’il faut en profiter, que cela ne dure pas, que le monde nous appartient, il faut vivre à cent à l’heure, être dans le coup tout le temps (c’est certainement encore plus vrai à l’heure actuelle avec les réseaux sociaux) être dans la vraie vie ! Quelle énergie !

Mais en même temps, paradoxalement, on se sent tellement fragile dans cette dualité de l’instant présent où tout est permis et de cet avenir qu’il faut créer maintenant, tout de suite. Quelle autre étape de la vie est aussi décisive et contradictoire, et plus difficile à vivre au niveau des questionnements qu’elle suscite, des doutes qu’elle engendre. Je ne vous dis pas que plus tard, on ne ressent pas les mêmes choses mais on agit certainement avec plus de discernement et moins d’emportement. 02482308-photo-musique 

Donc si le piano ne semble plus trop le motiver, malgré de bonnes dispositions, je ne dirai pas que c’est normal mais un peu dans l’ordre des choses ! Dans l’ébullition de sa vie, le piano peut paraître aux yeux de certains jeunes un tantinet « has been ». En effet, comment expliquer à ses « potes » que l’on trouve du plaisir à jouer des œuvres de grands compositeurs classiques quand eux n’écoutent que de l’électro et du hard rock.

Certains de mes élèves m’ont expliqué qu’ils avaient tout bonnement renoncé à en parler à leurs amis les plus proches. De plus, la difficulté peut rebuter aussi l’ado qui a décidé de ne plus se prendre la tête (pour faire plaisir à ses parents ! ). Car de nos jours, les nouvelles technologies ont tendance à « formater » le cerveau des jeunes qui accèdent sans efforts à tout. Mais c’est un autre sujet ! Ainsi la question serait plutôt à formuler comme ceci :  

 

Comment font ces ados exceptionnels qui ne sont pas pris dans le tourbillon et poursuivent le piano ?

Pour répondre à cette question, je vais vous parler de moi (qui ne suis en rien exceptionnelle !), de mes élèves (en tout point exceptionnels !), de mon expérience en tant que professeur au contact des adolescents.

J’ai beaucoup souffert des dictats du conservatoire où la partition que je devais travailler m’attendait au début du cours sur le piano. Je devais rapidement recopier les doigtés, les annotations du professeur et démarrer le déchiffrage. Du coup, j’écoutais ce qui se passait dans la salle d’à côté sur un autre piano (c’était mal insonorisé !) et je trouvais toujours la musique d’à côté tellement plus belle que je finissais par la déchiffrer aussi toute seule !

Depuis, j’accorde une grande importance à la liberté d’expression, je laisse toujours mes élèves choisir leurs morceaux, et je remarque qu’à l’adolescence, ils se démarquent une bonne fois pour toutes de l’enfance et décident vraiment de ce qu’ils veulent faire (je parle ici des élèves qui ont débuté le piano enfant et qui ont acquis un certain niveau d’expérience).

Ils prennent en quelque sorte la main. Ils osent me demander de leur proposer des morceaux plus actuels, ils se permettent de dire « non » même au bout de dix morceaux. J’avoue que pour moi, dix morceaux refusés, c’est la limite à ne pas dépasser !! Et ensuite, on négocie un morceau plaisir et une pièce choisie aussi mais dans un répertoire volontairement plus difficile.

Ils participent encore plus activement aux auditions de piano que j’organise et s’entraînent très sérieusement afin de relever ce défi. Bien sûr, je n’ai pas la prétention d’apporter la réponse à tous les cas précis, car je me suis heurtée plusieurs fois à cette situation où un ado se braque et pratique une guerre d’usure auprès de ses parents et de moi, son professeur de piano, pour lâcher les cours de piano.

A l’instar de l’enfant et de l’adulte déclarant que le piano, c’est trop dur, lui, devient d’un coup très silencieux et indifférent ce qui rend les échanges difficiles voire impossibles. C’est ce que l’on appelle communément la crise d’adolescence !

En conséquence, si la passion pour l’instrument n’est plus là, la meilleure solution reste parfois de mettre entre parenthèses les leçons de piano en attendant la fin de l’orage et le retour de jours meilleurs.

 Et vous, qu’en pensez-vous ? Vos commentaires et réflexions sur le sujet m’intéressent…

 

 

Ceci devrait aussi vous intéresser

2 Commentaires
  • Gaëlle
    22 août 2014

    Très bonne réflexion ! Je pense que tu as bien expliqué ce moment !
    Je me souviens avoir été dans le cas de « refaire des anciens morceaux connus à la place du nouveau morceau inconnu » !

    • Claudine
      23 août 2014

      Merci Gaëlle ! C’est vrai que parfois le déchiffrage demande tellement de concentration et d’effort aux élèves qu’ils préfèrent « se rabattre » sur leurs anciens morceaux. Il faut alors trouver le juste équilibre entre plaisir et travail… et prendre conscience qu’élargir son répertoire permet de découvrir de nouveaux horizons et de nouvelles libertés (musicales, bien sûr !).

Votre commentaire est toujours le bienvenu

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


8 Partages
Partagez4
Tweetez
+12
Enregistrer2